6. A l’ombre d’Oshun

 

A bord d’une inusable 505, nous filons à vive allure sur le Third Mainland Bridge, l’interminable pont sur la lagune qui permet de joindre Ikoy à l’aéroport par l’est de la ville. Il est 16h30, la circulation est assez fluide, du moins dans ce sens. Car de l’autre côté, c’est l’heure des go-slows . Une interminable file de véhicule s’est déjà formée entre ciel et mer où domine le jaune des taxis et des bus. Sur notre droite, la lagune de Lagos à perte de vue, traversée par des embarcations de pêcheurs. Des pirogues à rames, certaines arborent une voile usagée et grisâtre. Par les fenêtres ouvertes, un vent chaud me fouette le visage. Un certain sentiment de liberté me gagne à voire ainsi Lagos défilé devant mes yeux. J’ai hâte de voir les premiers kilomètres de verdure et de laisser cette folle ville dans le rétroviseur.

C’est Wallé qui conduit. Ce Nigérian « fréquente » depuis plusieurs année le milieu des expats gagnant quelques neras pour une course, un dépannage ou autre. Slalomant entre les véhicules sur les 3 voix de ce « périph », nous prenons la direction du nord afin de rejoindre Ibadan la deuxième ville du pays à quelques 100 km de là.

Les habitations se sont font plus diffusent. Nous sortons de la ville, enfin. Bientôt, une forêt qu’il me serait difficile de décrire entoure cette bande de bitume sur laquelle nous roulons. Une forêt tropicale, plutôt clairsemée. Quant à la route, elle est assez bonne mise à part quelques piéges sous la forme de nid de poule. Nous ne tardons pas à remarquer la présence de carcasses de véhicules sur les bas-cotés et le terre plein central. Régulièrement, nous en croisons illustrant ainsi le caractère dangereux des routes nigérianes. D’ailleurs, sur ce tronçon reliant Lagos à Ibadan, le livre Guiness des records avait désigné en 1988 cette route comme étant la plus dangereuse au monde ! Je crains que celle-ci puisse encore postuler au titre… Le plus impressionnant est l’état des camions qui roulent on ne sait par quel miracle. Nous dépassons l’un d’eux dont l’essieu est tellement tordu que la cabine de pilotage fait un angle anormal avec la route ! L’uniforme noir de la police apparaît souvent à la suite d’un ralentissement. Sur cette route, le nombre de check point est aussi impressionnant que le nombre d’épaves sur les bas-cotés. Cette route monotone traverse une vaste étendue plate de foret. Le paysage qui défile, la chaleur, le ronronnement du moteur, comme à mon habitude en voiture, je me laisse gagner par le sommeil à l’arrière de la 505.

   
" Oyinbo, oyinbo !" . Mes yeux s’ouvrent sur un vendeur d’eau collé à la vitre. Ralentie par un carrefour, la file de voiture est encerclée par des vendeurs de tout ordre. Voici les faubourgs d’Ibadan. Plus loin, près d’un camion stationné sur le bas côté, un homme nu regarde les voitures défiler. A notre vue, dans le but peut-être de choquer les Oyinbos que nous sommes, il nous exhibe son postérieur armé d’un grand sourire…

Ibadan….A perte de vue, la ville s’étend. Ibadan, la deuxième ville du Nigeria avec ses 10M d’habitants…et la ville la plus étendue d’Afrique. Une des plus grandes villes d’Afrique et pourtant une ville inconnue de la plupart des Européens. Ibadan rime avec Yoruba. Nous sommes en effet ici au cœur du pays d’une des trois ethnies majeures du Nigeria. Les Yorubas sont caractérisés par leur civilisation essentiellement citadine, un fait unique en Afrique de l’Ouest.
Autour d’un bon repas, nous discutons de la journée de demain. Nous allons rejoindre Oshogbo situé à environ 100 km au nord-est. Capitale de l’Etat d’Oyo, cette ville est connue pour abriter le sanctuaire sacré d’Osun, un des haut lieu de la spiritualité Yoruba. Je suis impatient d’être à demain. Alors que nous continuons à parler du programme du lendemain, la télévision diffuse la version locale de « Qui veut gagner des millions » avec son Jean-Pierre Foucauld nigérian. Certaines références « culturels » sont universelles…

Carcasse


   

Un véhicule semble arrêté au beau milieu de la route. En nous rapprochant, nous nous rendons compte que cet amas de ferraille est ou plutôt était un véhicule. Complètement rouillé et désossé, cette épave est ici sûrement depuis un bon moment. Sans que nul ne se soit soucié de l’enlever ! Les voitures sont obligées de le contourner en quittant la chaussée. Depuis notre départ d’Ibadan, la route est loin d’être bonne, parsemée de trous. Au moins est-elle peu fréquentée. A Ifé, nous rejoignons Thibault et Laurent qui travaille à la mission chrétienne de la ville. Nous prenons le temps de nous rafraîchir en regardant malgré nous « téléjesus » sur le câble : psaumes, chants, clips à la gloire de Dieu, une sorte de MTV de droit divin. Le prêtre de la mission, un colosse noire tout de blanc vêtu nous salue chaleureusement avant de disparaître prestement pour son office.

 

Mission

 

   
Oshogbo, un des centres artistiques majeurs de ce coin d’Afrique. The Nike Centre for Arts and Culture est un des centres artisanaux de la ville. A peine sommes-nous descendues de la voiture que des chants s’élèvent. Un groupe d’homme et de femmes vient à notre rencontre en dansant au rythme de ce qui a tout l’air d’être une chanson traditionnelle Yoruba. Accueil sympathique. Ce centre est notamment reconnu pour sa production de batiks, des tissus décorés à l’aide de cire. Sous un patio, des femmes travaillent à la création de nouveaux tissus aux motifs tracés à la cire. D’une main habile, elles répètent minutieusement ces symboles sur plusieurs mètres de tissus aux couleurs vifs. Quant aux hommes, ils sont attablés un peu plus loin penchés sur des feuilles sur lesquels ils reproduisent et inventent des motifs à l’encre. L’indigo, couleur très répandue, est produit ici. Elle provient des feuilles d’un arbre, lesquels sont écrasés puis macérés afin d’obtenir un liquide…indigo. Des récipients en bois accueillent alors le résultat. Puis des tissus y sont alors plongés afin que ceux-ci s’imprègnent de la couleur. La dernière étape est le séchage qui vue la chaleur ambiante n’est pas l’étape la plus difficile.
   

 

 

 

Des tissus aux motifs faits de cire

 

Les tissus reposent ici le temps que l'indigo fasse son oeuvre

   

Dans la tradition Yoruba, chaque ville est associée à un dieu. Oshogbo a le sien ou plutôt sa déesse, Osun, la déesse de l’eau et de la fertilité. Le site originel de la ville se situe à sa périphérie au milieu d’une forêt. C’est ici que le fondateur de la ville, au retour d’une chasse découvrit dans la forêt un rocher plat qui servait de marché à des peuplades primitives. Ce lieu devint alors le sanctuaire de la cité. En effet, la forêt est synonyme d’adoration et de rituels consacrés aux dieux. Un nom en particulier est attaché au sanctuaire sacré d’Oshogbo, celui de Suzanne Wenger. Cette autrichienne vint dans les années 50 étudier la religion Yoruba. Elle resta au Nigeria et épousa un prêtre Yoruba. Elle fit beaucoup pour empêcher que le sanctuaire tombe en ruine. Elle devint prêtresse d’Osun et vit depuis retirée dans une vieille bâtisse de style brésilien au centre de la ville. Suzanne Wenger restaura temples et sculptures en mêlant des éléments modernes et des éléments traditionnels. Le résultat est sans conteste unique conférant à ses sculptures un aspect mystérieux et dérangeant.

 

   

L'entrée du sanctaire, une porte vers un autre monde

 

A travers la forêt sacré d'Oshogbo

 

   

L'entrée du principal sanctuaire d'Osun

 

Le temple d'Osun.

   

Un sacrifice animal vient récemment d'avoir lieu.

 

Devant le temple

 

   

Corridor du sanctuaire

La rivière sacré Osun

   

Statue d'Osun

Dieu Yoruba

     
   

Osun est consultée pour tout ce qui a trait à la fertilité des femmes

 

Entrée de la forêt d'Ifa

 

   

Ce pont fut constuit en 1835 afin de relier la forêt aux autres parties d'Oshogbo...

...traversant ainsi la rivière.

 

   

Omologun. Les dieux du fer et guerriers défendant le peuple d'Osun durant les périodes de guerre.

     
   

La touche de Suzanne Wenger

Un aspect mystérieux et dérangeant.

 

   

Statue Sopona: symbole de l'énergie de la jeunesse d'un dieu

 

Détail de l'ensemble

 

   

Visages...

 

Ela Statue

 

   

 

     
   

Vers le site primitif de la ville

 

D'étranges statues

 

   

 

Place du marché

 

 

 

 

 
Dans la hutte ci-contre, l'artiste y séjourna de longs moments dormant sur un lite de fortune en position de foetus.

 

 

Un

 

 

Au détour d'un chemin, des rencontres surprenantes...

 

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